Une filière de semences locales voit le jour dans le Condroz

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Saviez-vous que la majorité des semences donnant naissance à nos légumes ne sont pas produites en Belgique ? Face à ce constat, plusieurs acteurs de la région du Condroz ont décidé d’inverser la tendance en créant une filière locale.

La relocalisation des semences en Wallonie peut sembler abstraite, mais elle prend aujourd’hui une forme bien concrète dans une ferme de Ohey. Là-bas, des plants de haricots grandissent à partir de semences produites à seulement vingt minutes de là — une rareté dans le paysage agricole belge et le fruit d’un projet patient et structurant.

Pour les non-initiés, cela peut sembler étonnant, mais les semences des légumes que nous consommons, même locaux, sont très rarement produites sur le territoire belge.

Corenthin Hecquet, membre du Réseau Meuse-Rhin-Moselle pour les semences paysannes et citoyennes, explique :

Trouver, au niveau professionnel, des semences locales, c'est beaucoup plus complexe. Il faut s'approvisionner en semences, multiplier les semences, créer des plants et puis accompagner les plants pour qu'ils donnent des légumes. Et ça représente en fait une diversité d'acteurs. Il faut des semenciers, des multiplicateurs, des maraîchers, des maraîchères. La volonté, au niveau du groupe, c'est que les légumes qu'on vend sur les marchés proviennent directement de semences qui sont produites aussi sur le territoire.

L’enjeu est aussi économique : aujourd’hui, 60 % du marché mondial des semences est contrôlé par quatre multinationales. Dans ce contexte, relocaliser une telle filière représente un acte fort d’indépendance et de résilience.

La ferme de la Préale, située à proximité d’Achet (Hamois), jouait déjà un rôle en multipliant des semences pour les particuliers. Pour répondre aux besoins des professionnels, ses exploitants ont dû se former et adapter leurs méthodes.

Benoît Delpeuch, multiplicateur de semences à la ferme, témoigne :

On entame notre sixième saison en tant que multiplicateurs de semences. Ça a été tout un travail pour apprendre ce métier-là, qui n’existait plus ici en Wallonie. On a dû aller à l’étranger et rencontrer d’autres producteurs de semences, comprendre comment ils faisaient, et puis adapter les itinéraires techniques, la manière de faire à nos conditions, à nous. Donc de notre côté, ça a été tout un travail de se mettre ensemble avec les maraîchers du coin, avec les semenciers et avec des chercheurs aussi, pour comprendre comment s’organiser pour qu’on puisse vraiment faire ce travail, depuis la semence jusqu’aux légumes.

En cœur de Condroz, quatre maraîchers sont aujourd’hui impliqués dans le projet. Mais cette initiative a une portée transfrontalière, puisqu’elle réunit également des cultivateurs français. Pour Benoît Redant, maraîcher à la ferme "As veyou l’porê?" de Ohey, ce projet est une véritable opportunité :

Il y a pas mal de variétés qui sont anciennes, mais plus très adaptées, qui ont été conservées, mais qui redemanderait à être sélectionnées. Donc, comme beaucoup de maraîchers, certains légumes que j'utilise sont des F1 (NDLR : Les plantes issues de graines F1 sont très homogènes, mais leurs descendants (F2) peuvent être très variés et ne pas conserver les mêmes qualités.) parce que je n'arrive pas à avoir de bons résultats pour l'instant. Et c'est justement à ça que nous travaillons avec des semenciers. Nous leur demandons non seulement de reproduire les semences, mais aussi de mieux les valoriser, mieux les sélectionner afin qu'elles aient des qualités intrinsèques pour le maraîchage.

Quatre espèces locales sortiront prochainement de cette nouvelle filière : l’oignon rouge de Huy, la carotte rouge sang, le haricot Argus et le poireau des Vennes. Cette initiative est également une réponse directe aux défis posés par le changement climatique, avec des variétés mieux adaptées et plus résistantes aux conditions locales.

Une belle graine d’avenir vient de germer dans les sols du Condroz.


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