L'historien vient de publier un nouvel ouvrage sur l'histoire rurale du comté de Namur aux 17ème et 18 ème siècles. L'occasion de découvrir les différentes facettes de l'économie d'antan, aussi bien l'agriculture que l'industrie.
C'est devant l'ancestrale ferme du Ponty à Bouge que nous rencontrons l'historien namurois Marc Ronvaux, auteur d'une nouvelle étude qui comble un pan méconnu de la recherche historique : l'histoire rurale en Wallonie aux 17ᵉ et 18ᵉ siècles. Et pourtant, c'est à cette époque, dans les campagnes, que se passe toute la vie économique de notre région. Non seulement l'agriculture, mais aussi, assez étonnamment, l'industrie. Et donc 80 % de la population vit à l'époque en milieu rural. Le fleuron de l'industrie dans le comté de Namur, c'est depuis le Moyen Âge, la métallurgie avec le fer, le plomb et le laiton.
Marc Ronvaux nous explique pourquoi :
Pour la métallurgie, à l'époque, il faut du bois, beaucoup de bois parce que tous les métaux se fondent avec du charbon de bois. Or, il y avait beaucoup de bois dans le comté de Namur. Il faut aussi des rivières, des rivières rapides et tous les petits ruisseaux et les petites rivières qu'il y a le long de la Meuse, sur la rive gauche et la rive droite, c'est depuis le Moyen-Âge, c'est ça qui fait tourner tous les moulins qui servent à faire marcher la sidérurgie. Et il faut aussi du minerai. Or, dans le comté de Namur, il y a énormément de minerai de fer et de minerai de plomb et même de la calamine qui est une des composantes du laiton. Donc tous les ingrédients s'y trouvent ou à peu près.
Quant à l'agriculture, elle est durant cette période presqu'exclusivement tournée vers la culture des céréales et en particulier de l'épeautre. Mais ce qui a le plus surpris l'historien, c'est que l'agriculture namuroise est particulièrement rétrograde et conservatrice.
On cultive de façon assez simple, donc sans moyens modernes ou pratiquement sans engrais, donc avec une faible production sur de grandes surfaces. Contrairement à une culture intensive qui travaille avec les engrais comme en Flandre depuis le moyen âge, les engrais animaux évidemment ou les déchets des villes. À Namur, ce n'est pas le cas, on a des surfaces en suffisance pour nourrir largement la population, on s'en contente. Donc, ce qui fait que l'agriculture n'a pratiquement pas évolué, alors que les terres namuroises sont aussi fertiles que d'autres. La Hesbaye, par exemple, où on se trouve, a des rendements aujourd'hui supérieurs à la moyenne. Ça aurait pu être le cas à l'époque mais ce ne l'était pas parce qu'on avait des méthodes rétrogrades. Donc il y a un grand conservatisme qui est tout à fait remarquable et qu'on peut plus que déceler et lire en toutes lettres dans les écrits que les grands propriétaires produisaient pour refuser les réformes, réformes censées et qu'on essayait de leur imposer.
Bref, cet ouvrage nous livre bien des aspects méconnus de notre histoire rurale. Il est édité par la Société Archéologique de Namur.
https://www.lasan.be/actualites/actualites/520-these-marc-ronvaux
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