Une collection de plans d'architecture vient d'être léguée à la Société Archéologique de Namur. Des documents très rares, longtemps conservés dans la famille du premier investisseur privé qui construisit le premier hôtel sur la citadelle.
C'est un témoignage surgi du passé, un carton rempli de plans anciens. Ces documents ont dormi durant plus de 130 ans chez un particulier avant d'être redécouverts et légués à la Société archéologique de Namur. Il s'agit en réalité de plans architecturaux datés d'entre 1893 et 1897 et qui illustrent les tout premiers développements de la citadelle de Namur en tant que site touristique et civil.
Aurore Carlier, conservatrice des collections de la Société Archéologique de Namur :
Ces documents sont vraiment tout à fait exceptionnels parce qu'on a très peu de choses conservées pour le passé récent de la Citadelle de Namur. On possède énormément de documents sur le passé ancien, mais sur l'histoire du XXᵉ siècle et de la fin du 19ᵉ, très peu.
La citadelle est démilitarisée en 1891 pour devenir un lieu de villégiature et de loisirs.
Raymond Balau, architecte et chercheur en histoire de l'architecture :
C'était le développement du tourisme ferroviaire européen et donc les caractéristiques du site ont sauté aux yeux des personnes qui étaient sensibles à ce type de développement. La construction de la ceinture de forts autour de Namur vers 1880 a permis de déclasser la citadelle et d'en faire un jardin public de 70 hectares. Il restait une partie militaire jusque dans les années 1976, mais ces 70 hectares devenaient accessibles au public et donc aménageables, avec des plantations, avec des attractions, etc.
Et ce nouvel élan touristique attire un investisseur privé, l'ingénieur constructeur Michel Thonar, dont les ateliers se trouvaient chaussée de Louvain à Namur. Il va faire construire le Grand Hôtel et le funiculaire qui le desservait.
Et il s'est dit : on va créer une société, on va construire un grand hôtel de façon à avoir un point de chute pour les touristes et équiper, aménager tous les environs. Il a pris des risques en le faisant. Tout n'a pas pu fonctionner comme prévu, mais il faut lui reconnaître le mérite de s'être lancé le premier et d'avoir tenté quelque chose dont on tire toujours les bénéfices aujourd'hui.
Tous ces plans témoignent des différentes versions du projet, avec au départ une vision grandiose de cet hôtel avec un institut hydrothérapique, un palais des douches ou encore un hippodrome qui ne verront finalement jamais le jour. Tout comme cette très belle proposition de station de départ du funiculaire.
Mais parmi ces plans, il y a aussi ceux d'un autre protagoniste de l'époque, l'architecte paysagiste français Elie Lainé, qui avait été mandaté par Léopold II pour élaborer un projet de promenade à la Citadelle.
Tous ces documents sont exceptionnels et très précieux, car sur le terrain, il ne reste guère de traces tangibles de cette époque.
De Thonar il ne reste guère qu'un rond point parce que le grand hôtel a disparu. Il a été incendié en 1914. Le funiculaire a été démantelé à la même époque. On peut dire d'une façon générale que et Lainé et Thonar ont légué toute la partie qui est un parc aujourd'hui. Tout ça vient de leur projet. Évidemment, ça s'est réalisé avec des variantes.
Ça a été modifié plusieurs fois par la suite, encore récemment. Mais au fond, ils sont les initiateurs du paysage touristique tel qu'il se présente aujourd'hui.
Ces plans vont maintenant être restaurés, étudiés et numérisés en vue d'une publication.
Aurore Carlier :
Une publication pour 2027 qui va rassembler les contributions de plusieurs chercheurs spécialisés pour vraiment débroussailler au maximum et rendre cette période historique pour la citadelle la plus accessible possible.
Une exposition est également prévue, nous vous en reparlerons en temps voulu.
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