Agriculteurs en colère : "Ils agissent en seigneurs féodaux, on les assiège comme au Moyen-Âge"

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Un tiers des terres wallonnes sont aux mains des agriculteurs, le reste appartiennent à des propriétaires, qui font souvent appel à des sociétés de gestion. Pour dénoncer cet accaparement, plus de 300 agriculteurs se sont mobilisés à Floreffe samedi.

Arbalète, fourches, casques et boucliers... C'est un véritable siège médiéval qui s'est tenu samedi matin devant le siège de la SOGESA, à Floreffe. L'une des principales sociétés de gestion wallonne, dirigée par Etienne de Dorlodot. Une entreprise qui se place entre les propriétaires de terres et les agriculteurs, avec des conséquences jugées désastreuses par le RéSAP (Réseau de soutien à l'agriculture paysanne) représentée par sa porte-parole, Juliette Pagnon. 

On est réunis pour dénoncer les pratiques des sociétés de gestion qui précarisent nos agriculteurs et nos agricultrices. Elles contournent le bail à ferme et détournent l'argent des aides européennes, qui doit supporter l'activité de celles et ceux qui nous nourrissent réellement. Tout ça, pour maximiser le profit des grands propriétaires terriens. Ces propriétaires se prennent pour de grands seigneurs féodaux et c'est pour ça qu'on a décidé de leur répondre avec un siège digne du Moyen-Âge.

Le son de cloche est le même à la FUGEA, la Fédération Unie de Groupements d'Eleveurs et d'Agriculteurs. Thomas Huyberechts nous explique : 

Il y a 1000 ans, on avait des petits paysans qui devaient mendier pour avoir quelque terrain, alors que leur propriétaire avait tout. On a eu des acquis sociaux qui sont arrivés en protégeant les terrains et la location pour les agriculteurs. Mais aujourd'hui, on a l'impression de tout perdre avec ce système qui existe depuis une dizaine d'années, voire plus.

Et qui leur permet de contourner le bail à ferme. Un mécanisme qui permet de protéger l'agriculteur locataire, comme le détaille Thomas Huyberechts.

Ca encadre, d'abord, le prix, le loyer, mais aussi la durée, donc on a une perspective sur le long terme, de pouvoir travailler une terre. Enfin, la liberté de culture. C'est-à-dire que le propriétaire ne peut pas exiger ou contraindre l'agriculteur à exploiter des cultures dont il a envie ou sous un mode de production dont il a envie.

Parmi les manifestants présents, Hugues Falys, l'une des victimes de ce système a témoigné de son vécu.

Lorsque j'ai contacté le propriétaire de l'intégralité, ou presque, des terrains de ma ferme, pour organiser la reprise de l'exploitation par mon fils, il m'a annoncé qu'il reprenait l'intégralité de ses terrains. Donc la reprise de l'exploitation et le projet de mon fils ont été mis à mal.

D'ici décembre 2025, il doit donc clôturer son activité. Et ce, au profit d'une société de gestion, ce qui va modifier tout le projet qu'Hugues y a développé.

Les certitudes que l'on a, c'est que le bio ne sera pas prolongé. C'est que ce sera exploité par une entreprise agricole qui travaille déjà pour cette société de gestion. Donc on doit s'attendre à un modèle d'agriculture avec des contrats avec l'industrie pour des pommes de terre, des légumes, peut-être du lin... En résumé, une exploitation intensive avec une captation maximale des subventions agricoles.

Mais comment éviter cette situation à l'avenir? Pour la FUGEA, la réponse est simple : en révisant le statut d'agriculteur actif.

Un agriculteur actif, c'est celui qui peut bénéficier d'un bail à ferme, mais qui peut bénéficier des aides de la PAC. Pour le moment, les sociétés de gestion sont considérés comme des agriculteurs actifs. Et donc, politiquement, on doit renforcer la loi pour que ce type de société de gestion, demain ne puissent plus bénéficier de ces avantages.
 

Un groupe de travail a été organisé l'an dernier pour redéfinir le statut d'ici 2026. A noter aussi que ce mouvement de contestation n'est pas la seule action menée à l'encontre du groupe d'Etienne de Dorlodot. Puisqu'il a été condamné en novembre 2024 pour fraude et escroquerie dans le dossier des aides européennes que la SOGESA a perçues. Le patron a fait appel de cette décision. Mais aucun des membres de la société n'a tenu à répondre à la mobilisation des agriculteurs ce samedi.
 


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