Un nouveau circuit transfrontalier met en valeur le patrimoine ardoisier présent entre la Belgique et la France, sur les localités de Oignies, Fumay et Haybes. Ce parcours de randonnée vient s'ajouter à deux autres circuits crées récemment à Oignies.
C'est dans le vaste massif forestier de l'Ardenne namuroise, à Oignies en Thiérache, que l'on retrouve les traces des anciennes exploitations ardoisières. La région est en effet située sur une zone de schiste ardoisier, une pierre imperméable qui a aussi la faculté de se découper en minces feuillets pour recouvrir les toits. Ces ardoises sont exploitées depuis la période romaine, mais c'est à la fin du XVIIIᵉ siècle que sont créées de véritables mines souterraines dont on peut encore aujourd'hui voir les entrées de galeries. C'est là que des générations d'ouvriers sont descendues dans des conditions pour le moins pénibles.
Pierre Cattelain, directeur scientifique du Cedarc/Musée du Malgré-Tout, a bien étudié ce pan de l'histoire d'Oignies :
Les gars y descendaient, soit dans le noir, soit avec des bougies ou des chandelles, parce qu'il n'y avait pas d'autre moyen d'éclairage. Et lorsqu'ils remontaient avec des dalles qui pouvaient peser jusque 60, 80, voire 100 kilos sur le dos, ils remontaient dans le noir parce qu'ils maintenaient les dalles, avec les deux mains sur une sorte de sac en jute qui contenait de la paille pour un peu protéger le dos, et ils montaient sur des échelles.
C'est dingue, quand on voit les documents, on a des photos de ça aussi du début du XXᵉ siècle. Ils montaient quasiment dans le noir avant que petit à petit, au cours du XXᵉ siècle, et peut être tout à fait à la fin du 19ᵉ, les galeries ne soient éclairées.
L'espérance de vie des ardoisiers était très limitée, d'autant plus qu'ils commençaient à travailler très tôt.
C'est un travail dangereux pour la santé parce que ça peut provoquer la silicose. C'est à dire que les fines particules d'ardoise, ça rentre dans les poumons et donc ça rend les gens relativement vite malades. Donc l'espérance c'était 35/40 ans. Et il faut savoir qu'au 19ᵉ, les enfants travaillaient dans les ardoisières. On faisait ça après sa première communion. On avait appris le catéchisme à sept ans, l'âge de raison et on pouvait aller travailler, on remplissait les petits bacs d'ardoise. Ça, ça a été interdit vers 1890.
On a compté jusqu'à 30 exploitations ardoisières à Oignies, mais elles ne résisteront pas à la concurrence des ardoisières françaises situées à quelques kilomètres seulement, mais beaucoup mieux desservies par les moyens de transport que sont la Meuse, le chemin de fer et la route. Oignies ne disposait quant à elle que d'une gare vicinale.
Seulement, elle ne sera ouverte qu'en 1909 et en 1909, c'est trop tard. Les exploitations de Oignies en Thierache sont déjà presque condamnées à mort parce que justement, les moyens de distribution des matériaux sont trop faibles par rapport à la concurrence de la vallée.
Les aînés de Oignies se souviennent que leurs grands parents ont travaillé dans ces mines sur la fin de cette période industrielle.
Michel Beaupère, petit-fils d'ardoisier se souvient :
En 1921, mes grands parents ont racheté la concession du Trou du Diable. La concession comprend le trou du diable, plus haut celle du Sauveur. Et en plus, mon grand père avait repris ce qu'on a appelé le "trô d'm pa". Il n'y avait pas beaucoup de débouchés pour l'ardoise. En tout cas, ça a périclité. Les ardoisières fermaient les unes après les autres, donc ils ne se sont sûrement pas enrichis.
C'est pour raviver le souvenir de cette industrie que deux asbl, le Groupement d'Animation Socioculturelle de Oignies (GASCOT) et Icare, qui gère les sentiers balisés de Viroinval, se sont associées en collaboration avec la commune pour créer deux circuits de promenade sur Oignies. Et puis, comme de l'autre côté de la frontière toute proche, la France également dispose d'un patrimoine ardoisier, un circuit transfrontalier vient de se concrétiser grâce à des fonds européens. Le randonneur a donc l'embarras du choix, comme nous l'explique Viviane Delizée, présidente de l'asbl GASCOT :
On a un petit circuit sur les traces du village de Oignies, qui passe dans le village et qui montre un peu les vestiges qui se trouvent encore visibles. Et il fait quatre kilomètres et demi. Le second fait seize kilomètres et il vient vraiment jusqu'à la frontière française. Donc il y a plus de choses à visiter mais il faut être bon marcheur.
Et alors vers la France, je ne vous cache pas que c'est 20 kilomètres aller. Mais le projet a été conçu pour pouvoir faire des demi parcours. Donc on peut faire Oignies- Fumay, et revenir ça fait quinze kilomètres et on peut faire Haybes-Fumay et revenir. Et ça fait aussi à peu près quinze kilomètres.
De nombreux bénévoles ont contribué à la réalisation de ces sentiers afin de maîtriser la nature qui avait repris ses droits sur les vestiges. Jean-Pol Colin, responsable de l'asbl Icare, nous précise :
On a fait la conception des circuits, on a réalisé le balisage et on a travaillé aussi pas mal sur la remise en état des sites des ardoisières. Ici, on est en pleine forêt, il y avait de la broussaille et donc nos ouvriers ont vraiment beaucoup travaillé pour dégager, déboiser tout le site ardoisier pour qu'il soit accessible au public.
Toutes les informations sur ces sentiers sont disponibles auprès de l'Office du tourisme de Viroinval.
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