Construite au XIXᵉ siècle, la prison de Namur compte aujourd’hui 255 détenus pour 220 places. Une situation révélatrice des tensions du système carcéral belge, analysée par sa directrice, Valérie Lebrun, à travers les défis quotidiens de l’institution.
Retour à la page principale du webdocumentaire
Un établissement ancien face à des réalités contemporaines
La prison de Namur est un établissement de type panoptique, organisé en étoile autour d’un centre de surveillance. Exclusivement masculine depuis 2007, la prison accueille principalement des personnes en détention préventive, en attente de jugement. Elle dispose également d’une annexe psychiatrique et d’une section de défense sociale pour des personnes internées nécessitant un suivi spécifique.
Une capacité théorique qui interroge
Officiellement, la prison de Namur compte 220 places. Actuellement, 255 détenus y sont incarcérés. Les cellules, d’une superficie moyenne de 9,4 m², sont occupées par deux personnes.
« Les normes internationales considèrent cet espace comme suffisant pour une seule personne », rappelle la directrice Valérie Lebrun. Si ces standards étaient pleinement appliqués, la capacité réelle de l’établissement serait d’environ 135 places.
Un fonctionnement assuré par près de 200 travailleurs
Surveillants, personnel technique, direction, services médicaux, psychosociaux et administratifs : près de 200 travailleurs assurent le fonctionnement quotidien de la prison.
Dans ce contexte, la priorité reste la sécurité et la gestion du quotidien. « Plus la population carcérale augmente, plus il devient difficile de dégager du temps pour l’accompagnement individuel et la préparation à la réinsertion. Cette mission, pourtant essentielle, devient secondaire faute de moyens humains et de temps. », reconnaît Valérie Lebrun, tout en soulignant l’engagement des équipes sur le terrain.
Dans la prison de Namur : le quotidien des détenus
Pour un détenu sans activité ni visite, la réalité est la suivante :
- 22 heures sur 24 en cellule
- 2 heures de sortie (matin et fin d’après-midi)
- 3 repas servis en une fois (vers 11h30)
“Pour un détenu qui ne bénéficie d’aucun soutien extérieur (ni famille, ni visite), la journée se déroule en grande partie en cellule. Il peut sortir environ deux heures par jour, ce qui signifie 22 heures sur 24 en détention fermée. L’accès à la douche est prévu, tout comme la distribution des repas. Ceux-ci sont remis en une seule fois, généralement en fin de matinée, entre 11 heures et 11 h 30, pour couvrir les trois repas de la journée.
Le quotidien est ponctué, le cas échéant, par des visites d’avocats, des auditions policières, ou des extractions judiciaires vers le palais de justice, notamment pour comparaître devant la chambre du conseil, les juridictions d’instruction ou de jugement.
La situation diffère pour les détenus qui disposent d’un entourage familial. Ceux-ci peuvent bénéficier de visites à table, de visites hors surveillance et, dans certains cas, participer au relais parents-enfants, un dispositif destiné à maintenir le lien familial.
Les détenus qui le souhaitent peuvent également s’inscrire à diverses activités, à condition que des places soient disponibles. Ces activités vont de l’accompagnement psychologique et social à des ateliers plus pratiques ou créatifs, comme des cours de cuisine ou de dessin. La demande excédant souvent l’offre, des listes d’attente sont fréquemment mises en place.
Enfin, le travail pénitentiaire concerne environ 40 % de la population carcérale. Il joue un rôle important dans le quotidien des détenus, en leur permettant de sortir de cellule et d’obtenir une rémunération. Celle-ci reste toutefois limitée : les salaires varient entre 0,74 euro et 1,90 euro de l’heure. Ce revenu permet notamment d’accéder à la cantine pénitentiaire, un magasin interne où les détenus peuvent acheter des produits alimentaires et de première nécessité, et ainsi améliorer quelque peu leur quotidien.” nous explique Valérie Lebrun.
Un phénomène qui dépasse largement Namur
La situation namuroise s’inscrit dans un contexte national.
La Belgique compte environ 11 000 places de prison pour 13 600 détenus, un déséquilibre qui alimente régulièrement le débat sur la politique pénale du pays.
« La prison reste un outil central de la réponse judiciaire », constate Valérie Lebrun, tout en rappelant que le recours à l’enfermement s’inscrit dans un cadre légal décidé par le pouvoir politique et judiciaire.
Des causes multiples et structurelles
Pour la directrice de la prison de Namur, la surpopulation carcérale résulte d’un ensemble de facteurs :
1. La détention préventive
Environ 40 % des détenus sont incarcérés avant jugement.
Des alternatives existent, mais sont peu utilisées. Résultat : des personnes présumées innocentes remplissent les prisons.
2. L’internement psychiatrique
Les personnes internées relèvent d’une mesure à durée indéterminée. Elles entrent et sortent du système carcéral pendant parfois 20 ou 25 ans, souvent sans nouveaux faits pénaux, faute de structures de soins suffisantes à l’extérieur.
3. L’allongement des peines
À infraction égale, les peines sont plus longues qu’auparavant, et les libérations conditionnelles plus tardives. Les détenus restent donc plus longtemps en prison.
4. L’exécution des courtes peines
Les peines de six mois à trois ans doivent désormais être exécutées. Les maisons de détention promises ne sont pas prêtes, les juges d’application des peines sont débordés : ces condamnés arrivent massivement en prison… et en sortent parfois plus tard que ceux condamnés à de longues peines.
5. La prison comme solution par défaut
La prison accueille aussi des personnes qui devraient être ailleurs :
– personnes souffrant de troubles psychiatriques
– étrangers en séjour irrégulier, en attente de décision de l’Office des étrangers
« Nous sommes la seule institution sans quota. Les autres mettent les gens sur liste d’attente. Nous, non », déplore Valérie Lebrun
Des conséquences concrètes au quotidien
La surpopulation a des effets très tangibles. En discutant avec les agents pénitentiaires et les détenus, nous comprenons mieux le phénomène : cellules surchargées, matelas au sol, organisation plus complexe des douches et des repas, tensions accrues entre détenus, mais aussi pression constante sur le personnel.
« Cela demande une capacité d’adaptation permanente », explique Valérie Lebrun, qui insiste sur le professionnalisme des équipes dans un environnement de plus en plus exigeant.
Entre cadre légal et responsabilités humaines
Les directions de prison sont tenues d’exécuter les décisions judiciaires et ne disposent pas de mécanismes de régulation par quotas. Une contrainte qui place parfois les responsables face à des dilemmes difficiles.
La Belgique a déjà été condamnée pour des traitements inhumains et dégradants, un débat qui continue d’interpeller les autorités et l’opinion publique.
« Je suis coincée. Si je refuse, je ne respecte pas la loi. Si j’accepte, je bafoue les droits humains », confie la directrice.
Des pistes de réflexion ouvertes
Face à la surpopulation carcérale, la directrice de la prison de Namur et, plus largement, les directions pénitentiaires, évoquent plusieurs pistes de réflexion :
- Geler temporairement l’application des courtes peines, le temps de développer les infrastructures, l’encadrement et les alternatives nécessaires à leur exécution effective.
- Réformer le recours à la détention préventive, afin de limiter l’incarcération de personnes non condamnées définitivement et de renforcer le recours à des mesures alternatives.
- Repenser la prise en charge des personnes internées, en développant des structures de soins psychiatriques adaptées, en dehors du milieu carcéral.
- Redonner davantage de marge de manœuvre aux directeurs de prison, pour une gestion plus souple et plus individualisée des régimes de détention.
- Cesser d’utiliser la prison comme lieu de rétention par défaut, notamment pour des personnes étrangères en attente d’une décision de l’Office des étrangers.
- Interroger plus largement la place de la prison dans la réponse pénale, son rôle, ses objectifs et les publics auxquels elle est destinée.
« La prison coûte cher et ne fonctionne pas comme outil unique de résolution des conflits », conclut Valérie Lebrun. « Punir, oui. Mais reconstruire aussi. Des solutions existent, mais elles supposent des choix politiques clairs et des moyens à la hauteur des ambitions affichées ».
Sur le même sujet
Recommandations
La prison de Namur a rejoint le mouvement de protestation contre la surpopulation carcérale