La prison de Namur a rejoint le mouvement de protestation contre la surpopulation carcérale

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C'est une première ! Ce midi devant la prison de Namur, la direction et le personnel sont sortis ensemble de l'établissement pénitentiaire pour dénoncer la surpopulation carcérale et ses conséquences sur les détenus et le personnel.

C'est une action qui s'est produite simultanément dans toutes les prisons du pays. 
Il faut savoir que la surpopulation dans les prisons est devenue insoutenable, les chiffres l'attestent : Pour 11 000 places, il y a désormais plus de 13 000 détenus ! Cela signifie que des détenus dorment sur des matelas à même le sol et et que le personnel est à bout de forces.
Namur ne fait évidemment pas exception. La capacité théorique est de 220 places, même si ce chiffre ne tient pas compte des normes de m2 exigés par détenu, et l'on compte actuellement 245 détenus, soit 25 personnes qui dorment par terre !
 
Valérie Lebrun, directrice de la prison de Namur, nous explique la situation :


Aujourd'hui, nous sommes à 245 et 245 cela signifie 25 personnes de trop ! Cela signifie également des matelas par terre. Cela signifie des écrous en cellules nues. Alors il faut vous rendre compte que quand vous mettez un matelas par terre dans une cellule duo, en fait, vous mettez un matelas sur le seul espace où les gars peuvent marcher. Et donc ça crée évidemment énormément de tensions, de difficultés. 
C'est un cri d'alarme. Jamais je n'aurais imaginé, en tant que directrice de prison, que je serais à l'initiative d'une action symbolique et de faire sortir mon personnel. Mais quelque part, on doit dire: ça suffit ! On a fait preuve de résilience depuis des mois et des mois. Il faut nous trouver des solutions rapides parce qu'on nous demande en fait d'être des hors la loi.
Nous ne respectons pas la loi. Nous mettons les gens dans des conditions de détention inhumaines et dégradantes et nous mettons aussi tout notre personnel dans des conditions de travail humiliantes et dégradantes.

Kelly Pollina, cheffe du personnel à la prison de Namur, va dans le même sens : 


Le nombre de matelas au sol ne fait que d'augmenter.  Cela  complique forcément la gestion de toutes les tensions chez les détenus. Et on peut les comprendre, car être à trois dans une cellule, je pense que n'importe quel humain pèterait un cable comme on dit ! Donc c'est la gestion du personnel qui fatigue, la gestion du personnel qui s'absente. On tourne des fois à 50 % du personnel et on arrive quand même malgré tout à donner tout ce à quoi les détenus ont droit, parce qu'ils ne sont pas responsables non plus des matelas au sol.
Et tout ça est une gestion quotidienne très difficile, très difficile. On en demande beaucoup au personnel, mais là, on tire sur la corde et elle casse.


Et puis à la question : Quelles seront les conséquences si vous ne vous sentez pas écoutés aujourd'hui ? , la directrice nous répond qu'elle ose encore y croire...
 

Alors ça, on décidera entre directeurs quelles seront les différentes actions qu'on pourrait poursuivre. Mais là, j'ai quand même encore confiance en ma démocratie et en mon gouvernement, ma ministre, et j'espère qu'on trouvera des solutions rapides.


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