Rencontre avec la journaliste française Salomé Saqué

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Salomé Saqué est journaliste et autrice française. Nous avons profité d'une conférence organisée par l'UNamur pour la rencontrer.

Journaliste française née en 1995, Salomé Saqué s’est imposée ces dernières années comme l’une des voix du débat public sur la jeunesse, les inégalités, le climat et les questions économiques. Elle dirige le pôle "économie" du média digital Blast depuis sa création en 2021 et son travail est régulièrement associé à une vision centrée sur la justice sociale.

Originaire d’Ardèche, passée par Lyon, Madrid puis Paris, Salomé Saqué a suivi un parcours mêlant sciences politiques, anglais, droit international, géopolitique et journalisme. Avant de rejoindre Blast, elle a notamment travaillé pour Le Monde diplomatique et France 24, tout en intervenant dans plusieurs médias comme LCP, Arte, France 5, France Inter, France Culture ou encore Socialter.

Journaliste et autrice

Son nom s’est aussi imposé en librairie. En 2023, elle publie Sois jeune et tais-toi, une enquête consacrée à l’état de la jeunesse en France, à ses difficultés, ses colères et ses aspirations. En 2024, elle poursuit avec Résister, un essai centré sur la montée de l’extrême droite et sur les formes de réponse intellectuelle et collective qui peuvent lui être opposées. En février 2026, l’UCLouvain lui a d’ailleurs décerné un doctorat honoris causa, saluant un travail qui met en lumière les inégalités socio-économiques, la montée des populismes et la place de la jeunesse dans le débat public.

Invitée par l'UNamur pour une conférence autour de la dérive fasciste, la journaliste et autrice Salomé Saqué a livré un entretien dense sur l’état de nos démocraties, le rôle des médias, la polarisation de la jeunesse et les effets de la désinformation à l’ère des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle. Son constat est sévère, mais il ne s’accompagne pas d’un renoncement. Au contraire : elle plaide pour la vigilance, l’esprit critique et la résistance démocratique.

L'entretien intégral est à découvrir dans cette vidéo ⤵️

Une alerte sur le recul démocratique

Pour Salomé Saqué, le débat ne doit pas se réduire à une bataille de vocabulaire autour du mot “fascisme”. Ce qui compte, dit-elle, c’est d’identifier les signes d’un basculement progressif.

Je ne suis pas attachée fondamentalement à ce terme. Je suis attachée fondamentalement à l’alerte que j’essaie de soulever. Ce que j’essaie de démontrer avec mon travail journalistique, c’est que nous sommes dans un moment de recul démocratique majeur, avec des mesures autoritaires qui sont très documentées.

Dans son raisonnement, il n’y a pas de rupture brutale entre démocratie et régime autoritaire, mais une série de glissements. Elle s’appuie notamment sur l’idée que le fascisme ne surgit pas d’un coup, mais progresse par étapes, à travers des critères qui peuvent apparaître avant même un basculement total.

Droits en recul, minorités ciblées, contre-pouvoirs attaqués

Interrogée sur les signes concrets de ce recul démocratique, Salomé Saqué cite à la fois les atteintes aux droits fondamentaux et les offensives contre les piliers de la société civile.

Ça passe par un recul des droits des minorités, ça passe par l’émergence de discours visant à hiérarchiser les vies humaines. Chacune des grandes caractéristiques de ces mouvements-là, c’est de promouvoir la hiérarchie des vies humaines, une espèce d’inégalité naturelle.

Elle poursuit en pointant les attaques dirigées contre les contre-pouvoirs :

Ce sont des attaques en règle contre la justice, contre la presse, contre les associations, contre tout ce qui permet de faire vivre la société civile, tout ce qui permet de faire barrage ou tout simplement de contenir les dérives des différents pouvoirs.

Son message, dit-elle, reste pourtant clair :

La démocratie, les droits humains sont en danger et c’est quelque chose qu’on peut parfaitement documenter, expliciter. Et surtout, ce n’est pas une fatalité.

Le rôle des médias

L’entretien a aussi largement porté sur la responsabilité médiatique dans ce contexte de tension démocratique. Là encore, Salomé Saqué adopte une ligne très nette : selon elle, aucun média n’est totalement neutre, puisqu’un travail journalistique implique toujours des choix d’angle, de vocabulaire et de cadrage.

Nous ne sommes pas neutres. C’est un leurre de penser qu’il y aurait les médias neutres et les autres qui seraient les médias engagés. Je pense que tout véhicule une certaine vision du monde, par les choix des mots, les choix des sujets, les choix des intervenants.

Mais cette absence de neutralité ne signifie pas l’abandon de toute rigueur. Elle rappelle au contraire ce qui doit rester la boussole du métier :

Nous sommes tenus à la déontologie journalistique, à savoir faire l’effort du contradictoire, ne pas diffuser de fausses informations, ne pas omettre volontairement des parties majeures d’une histoire.

Et elle résume sa propre ligne de conduite en une formule très simple :

Ma boussole en tant que journaliste, ce n’est pas tant cette question du populisme, c’est : est-ce que ce qu’on raconte est vrai ?

Une jeunesse traversée par des visions du monde différentes

Salomé Saqué refuse une lecture uniforme de la jeunesse. À ses yeux, parler de “la” jeunesse comme d’un bloc homogène n’a pas de sens.

Il n’y a pas une jeunesse, mais des jeunesses, clairement, avec des opinions très différentes. Pour avoir enquêté moi-même beaucoup sur le sujet, j’ai pu constater qu’il y avait des jeunes qui n’avaient pas du tout la même vision du monde et qui, pourtant, appartiennent à une même génération.

Elle décrit une génération polarisée, partagée entre des sensibilités progressistes et d’autres beaucoup plus réactionnaires.

On a une bonne partie de la jeunesse qui va se reconnaître dans des idées de gauche plutôt radicales sur certaines thématiques comme le féminisme, comme l’écologie. Puis en parallèle, on a aussi une jeunesse qui adhère complètement à la vision du monde de l’extrême droite.

Elle ajoute que cette polarisation touche particulièrement certains jeunes hommes, de plus en plus exposés aux théories masculinistes et aux bulles algorithmiques. Malgré cela, elle observe aussi un attachement aux libertés publiques et aux droits humains chez une partie de cette même génération.

Réseaux sociaux, désinformation, IA : « le problème, c’est la dérégulation »

Interrogée sur la manière d’aider les jeunes à résister aux fausses informations, à la désinformation et aux contenus fabriqués ou amplifiés par l’intelligence artificielle, Salomé Saqué évite les réponses simplistes. Pour elle, le problème n’est pas l’existence même des réseaux sociaux ou de l’IA, mais l’absence de cadre.

Ce qui me marque, ce n’est pas tant les réseaux sociaux et l’intelligence artificielle, c’est la dérégulation de ces endroits-là. Parce qu’en soi, les réseaux sociaux ont aussi produit des choses très positives. 

Elle souligne que le meilleur comme le pire coexistent sur les mêmes plateformes.

Le problème, c’est qu’il n’y a pas de régulation, ou très peu. Et donc ça donne lieu à ces fameuses bulles algorithmiques. On peut trouver au même endroit des extraordinaires émissions de vulgarisation et, en parallèle, des contenus qui appellent à haïr les femmes.

Pour elle, cette situation pose une question politique majeure en Europe, celle de la souveraineté numérique et de la capacité à encadrer réellement des espaces qui façonnent l’information, les représentations et le débat public. Elle insiste aussi sur les violences en ligne, le cyberharcèlement et les fausses polémiques fabriquées, parfois par des groupes organisés ou des bots.

Parler avec les jeunes, garder le lien

Face à ces risques, Salomé Saqué plaide moins pour la panique morale que pour une présence active, attentive et concrète des adultes autour des pratiques informationnelles des plus jeunes.

Surtout, ne laissez pas vos enfants sans leur demander comment ils s’informent, qu’est-ce qu’ils regardent, qu’est-ce qui les intéresse. Et pas avec mépris, pas pour leur faire la leçon, mais pour comprendre et garder le lien.

Elle insiste aussi sur le fait que certaines radicalisations peuvent s’installer discrètement :

On peut avoir des jeunes dans notre entourage qui vont se radicaliser sans le montrer. C’est tout à fait possible, notamment par ces boucles algorithmiques. Donc c’est essentiel de parler, tout simplement.

À ses yeux, cette vigilance ne concerne d’ailleurs pas que les jeunes. Les logiques complotistes, les manipulations informationnelles et les récits extrémistes touchent aussi d’autres générations.

Un diagnostic grave mais pas sans espoir

Malgré la noirceur du constat, Salomé Saqué refuse de céder au fatalisme. Elle reconnaît la gravité du moment sur les plans démocratique, géopolitique, économique et écologique, mais dit continuer à croire aux capacités de mobilisation collective.

Il y a une tension entre la nécessité de la lucidité et la nécessité de l’espoir. Il ne faut pas minimiser la gravité de ce qui se passe. On est quand même mal partis sur le plan écologique, géopolitique, économique, démocratique. C’est vraiment très sérieux.

Ce qui lui donne encore de l’élan, explique-t-elle, c’est de voir que de nombreuses personnes continuent d’agir.

Ce qui me donne de l’espoir, c’est de constater que malgré la gravité de la situation, il y a beaucoup de personnes qui se mobilisent, et ces personnes sont peut-être beaucoup plus nombreuses que ce qu’on pense.

Et elle conclut sur une formule qui résume bien l’esprit de son intervention :

La résistance, c’est un refus de céder au désespoir. À partir du moment où on pense que c’est fini, on se démobilise.

 
Article réalisé avec l'aide d'outils d'intelligence artificielle et approuvé par un.e journaliste.


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