À Namur, les enseignants ont pris le train pour rejoindre Bruxelles, où le décret-programme était voté aujourd’hui, passant outre le délai réglementaire de 84 heures entre l’approbation du rapport de commission et l’examen en séance plénière.
A la gare de Namur, avant de prendre la direction du parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, les enseignants ne cachaient pas leur indignation. Pas seulement contre la réforme de l'enseignement, mais aussi contre la manière dont le vote a été précipité, le délai réglementaire de 84 heures ayant été ignoré par la majorité MR-Engagés. Anne-Christine Fohal, professeure au centre Asty-Moulin à Namur, résume ce sentiment partagé sur le quai :
Un peu de colère quand même et une certaine indignation : au-delà du problème de l’enseignement qui est grave, on se rend compte qu’actuellement il y a un problème au niveau de la démocratie.
Pour Antoine Rosier, enseignant à l'Institut Saint-Louis à Namur, la précipitation du vote a transformé la nature même du mouvement :
Je pense que maintenant la colère est encore deux fois plus importante. On était déjà en colère que l'école soit attaquée, mais maintenant ça va plus loin que la réforme : l'état de droit est menacé à trois reprises. La première, ils ont envoyé la circulaire aux écoles pour qu'elles s'adaptent dans l'urgence alors que ça n'avait même pas encore été voté par le parlement, elle n'avait donc aucune légitimité. Ensuite, les amendements de la commission sont rejetés. Et enfin, le délai des 84 heures n'est pas respecté.
Vincent Vanhenten, enseignant à l'Institut Saint-Joseph à Jambes, ajoute :
Ils ont boosté pour faire le vote plus rapidement que prévu, en faisant fi du règlement et de ce qu'il se passe au niveau du parlement. Donc j'ai envie de dire qu'ils sentent qu'il y a de la nervosité, donc ils accélèrent les choses, et ça veut dire que ce qu'on fait a un intérêt.
Et cette mobilisation ne semble pas s’éteindre. Anne-Christine Fohal avertit la majorité de ne pas sous-estimer la détermination du corps enseignant :
"Pire que le bruit des bottes, le silence des pantoufles." À un moment donné, on n'est pas d'accord. Je ne crois pas que ça va peut-être faire changer les choses, peut-être pas. Mais de toute façon, si ça passe, la lutte n'est pas terminée. Et donc ça, j'ai l'impression que la majorité au gouvernement ne se rend pas vraiment compte de la motivation. Si c'est voté, ça ne va faire que doubler la colère des enseignants.
Antoine Rosier évoque déjà ce qu’il pourrait se passe à la rentrée :
On entend déjà des idées qui émanent à gauche et à droite, où beaucoup de profs disent que dès le premier jour de la rentrée ce sera direction Bruxelles, direction le parlement, pour dire qu'on est encore là et que ce n'est pas parce qu'il y a eu deux mois de vacances que la colère s'est éteinte.
Les enseignants n'étaient pas les seuls à se mobiliser. Des centaines d'élèves namurois se sont rassemblés à l'appel d'un collectif étudiant. Le départ était donné à 8h devant une école du centre-ville, puis le cortège est passé d'école en école, pour se diriger vers la gare dans le bruit et la détermination. Parmi eux, des élèves conscients que la réforme les touche directement. L'un d'eux explique sa présence :
On manifeste pour les profs parce qu'ils vont devoir faire plus d'heures sans être payés plus, on trouve ça injuste. Ça fait aussi trois semaines qu'il y a des grèves et on ne peut pas faire d'examens, et ça peut niquer notre avenir.
Une autre élève rappelle que personne ne viendra se battre à leur place :
On défend les droits de nos professeurs, nos droits à nous. Si on ne se défend pas nous, qui va le faire à notre place ?
Une troisième est frustrée d’avoir l'impression de ne pas être entendue :
On essaye de se faire entendre parce qu'on n'y arrive pas avec les documents qu'on envoie, et on se fait entendre sur les réseaux mais ça ne marche pas. Alors on se dit que la seule manière c'est de faire la révolution et de faire entendre nos voix parce que c'est la seule chose qui compte aujourd'hui.
La grande majorité des élèves a manifesté pacifiquement, mais le rassemblement a été perturbé par une cinquantaine de casseurs infiltrés dans le cortège. La zone de police de Namur Capitale fait état de jets de projectiles, tirs d'objets pyrotechniques, fenêtres d'établissements brisées et de dégâts sur un bus des TEC. Une vitrine rue de Fer a également été détruite. La police fédérale est venue en renfort, et 14 interpellations ont été effectuées. La Ville de Namur a appelé les manifestants à poursuivre leur mobilisation dans le calme, et les parents à contacter leurs enfants pour les inviter à se tenir à l'écart des casseurs.
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