L'association Aide & Soins à Domicile Namur introduit petit-à-petit un nouveau modèle de gouvernance appelé la "sociocratie". Basé sur davantage de collaborations internes, il s'appuie sur des équipes plus autonomes et une hiérarchie plus horizontale.
À l’occasion de la Journée mondiale du travail social (qui aura lieu le 17 mars prochain), l’association Aide & Soins à Domicile (ASD) Namur met en lumière les professionnels qui accompagnent chaque jour les personnes fragilisées à domicile. L’organisation namuroise introduit progressivement la sociocratie, un modèle de gouvernance basé sur la collaboration et l’intelligence collective.
Plus de 300 professionnels au service du maintien à domicile
Le département Aide à la vie journalière d’ASD Namur rassemble 343 professionnels de terrain, assistans sociaux, aides familiales, gardes à domicile ou aides-ménagères. Tous partagent un même objectif : accompagner les personnes fragilisées et leur permettre de rester chez elles dans les meilleures conditions possibles.
Ces services s’inscrivent dans un ensemble plus large d’activités de l’association, qui propose également des soins infirmiers et un centre de coordination, afin d’assurer une prise en charge globale des bénéficiaires partout en province de Namur.
Un changement d’organisation inspiré des Pays-Bas
Depuis 2017, l’association a entamé une transformation de son fonctionnement interne. Cette évolution s’inspire notamment du modèle néerlandais Buurtzorg, reconnu pour son approche basée sur des équipes autonomes et une organisation plus horizontale.
L’objectif : renforcer la collaboration entre les équipes et améliorer la continuité de l’accompagnement des bénéficiaires.
Dans ce modèle inspiré de la sociocratie, la hiérarchie est allégée, les responsables d’équipe deviennent davantage des coachs
certaines décisions sont prises collectivement et les équipes élisent leurs représentants au comité de direction.
Le projet a notamment été soutenu par le Fonds Dr Daniël De Coninck, géré par la Fondation Roi Baudouin, qui a permis d’engager un gestionnaire de projet pour accompagner la mise en place du nouveau modèle organisationnel.
Une approche déjà testée chez les infirmiers
Les premiers résultats ont été observés dans le département infirmier d’ASD Namur. Encouragée par ces expériences, l’association étend désormais les formations à la sociocratie au département Aide à la vie journalière.
Selon la direction, cette approche valorise l’intelligence collective et améliorerait la communication entre les équipes et la direction, même si la mise en place demande du temps et un certain apprentissage.
Les acteurs de terrain davantage soutenus
Joëlle Vincent, assistante sociale depuis 18 ans à l’ASD Namur et responsable de deux équipes de gardes à domicile, souligne déjà certains effets positifs dans son quotidien.
Certaines situations sont très dures. Être confrontée quotidiennement à la solitude ou à la détresse ne laisse pas indemne. Cela rappelle l’importance de profiter de chaque moment. Je réalise la chance que j’ai et cela me donne de la force d’aider les autres, confie-t-elle. Certaines personnes s’épuisent faute d’aide suffisante. Nous devons souvent rappeler aux enfants de nos bénéficiaires que leur rôle n’est pas uniquement d’assurer les changes ou les toilettes. Ils doivent encore pouvoir venir chez leur parent simplement pour dire bonjour et discuter, ajoute-t-elle. C’est frustrant de ne pas pouvoir aider les gens autant qu’on le voudrait. Notre mission est de permettre aux personnes de rester chez elles le plus longtemps possible. Quand ce n’est plus possible, l’entourage envisage la maison de repos, mais il n’y a malheureusement pas toujours assez de places, conclut-elle.
Dans un métier confronté quotidiennement à la solitude ou à la détresse de certaines personnes âgées, le soutien des équipes et la compréhension des décisions sont essentiels.
La sociocratie permettrait notamment, selon ASD Namur, d’aborder plus régulièrement certains sujets, de mieux comprendre les décisions prises et d’impliquer davantage les équipes dans le fonctionnement du service.
Elle observe aussi une implication accrue des collaborateurs dans certaines tâches, comme la diffusion d’informations dans les maisons médicales, auparavant assumée uniquement par les responsables d’équipe.
Clarifier les rôles dans les équipes
Pour Amélie Dehu, assistante sociale et responsable d’une équipe d’aides familiales, la sociocratie ne transforme pas radicalement le métier, mais elle apporte un cadre plus structuré aux réunions et à la prise de décision.
Cela ne bouleverse pas tout, car j’appliquais déjà beaucoup de principes. Mais la formation nous aide à structurer nos réunions, à garantir que chacun puisse s’exprimer. Et le fait de donner plus de responsabilités aux membres de l’équipe augmente naturellement leur implication. Pour donner un exemple concret : nous avons décidé ensemble que lorsqu’une collaboratrice ne peut pas assurer son travail du week-end à cause d’un imprévu, c’est à elle de trouver une collègue pour la remplacer. Cela me permet d’être plus sereine, conclut-elle.
Cela permettrait donc de responsabiliser davantage les membres des équipes.
Maintenir les personnes chez elles le plus longtemps possible
Au-delà de cette évolution organisationnelle, les professionnels de l’ASD rappellent que leur mission principale reste le maintien à domicile des personnes fragilisées.
Mais cette mission se heurte parfois à plusieurs difficultés. Les contraintes financières des bénéficiaires, l’épuisement des aidants proches ou encore le manque de places en maison de repos lorsque le maintien à domicile devient impossible.
Dans ce contexte, les équipes tentent d’accompagner au mieux les familles afin de préserver l’autonomie et la qualité de vie des personnes âgées ou dépendantes.
Sur le même sujet
Recommandations
Sybille, Éghezéenne, se déplace auprès des publics fragiles avec ses ânes
J'Kot : des logements accompagnés pour les jeunes en difficulté à Couvin
Les exclus du chômage : témoignage anonyme au CPAS de Namur
Des Namurois dans les rue de Bruxelles pour dénoncer les coupes budgétaires du secteur non-marchand
Des huissiers mandatés par des PME d'Ecolys pour constater les blocages