Alors que la Wallonie accélère la sortie du mazout pour décarboner le chauffage, les installateurs lancent un avertissement clair : la transition ne pourra réussir sans tenir compte des réalités techniques, humaines et économiques du terrain.
En 2031, il sera interdit en Wallonie d'installer, de remplacer ou de moderniser une chaudière au mazout (cette interdiction existe déjà pour les nouvelles habitations). Cette interdiction est trop rapide d'après Techlink ( secteur qui représente entre autres les installateurs de système de chauffage). Jean-Bernard Cuvelier, responsable de la transition énergétique de cette fédération:
"Certains peuvent déjà décarboner maintenant. Et ceux là, il faut les pousser à le faire. Ceux qui ne sont pas encore prêts, il faut d'abord les aider à se préparer. Et puis seulement à ce moment-là, les pousser à décarboner. Pour nous, il faut faire un travail sur mesure en fonction des différents bâtis et pas prendre une solution généralisée pour l'ensemble de bâtiments sans tenir compte des caractéristiques propres du bâtiment".
Pas aller trop vite en besogne. C'est aussi le message de François Cuisinier, administrateur d'une société floreffoise spécialisée dans le système de chauffage:
"On a de l'ordre de 600 000 chaudières mazout en Wallonie. Plus de 80% d'entre elles ont au moins plus de dix ans. On a quand même un parc relativement vétuste. On a également un parc d'habitation relativement vétuste qui doit être isolé correctement. C'est une priorité pour entamer la transition énergétique".
Isoler l'habitat, une priorité absolue
C'est là une tuile majeure pour décarboner le bâti wallon, car il ne sert à rien d'installer, par exemple des pompes à chaleur dans des maisons qui ne sont pas bien isolées. Le secteur demande une transition douce, comme le permettrait encore l'utilisation de chaudières au mazout (NDLR: installation interdite depuis 2026 lors de la construction de maisons et elle sera interdite définitivement en 2031). Jean-Bernard Cuvelier de Techlink:
"La majorité du temps, une pompe à chaleur est capable de chauffer le bâtiment parce que les températures extérieures ne sont pas trop basses. Mais lorsqu'on arrive à des températures négatives,
la pompe à chaleur commence à avoir du mal à chauffer. Dans ces cas là, on pourrait par exemple soit chauffer à l'électrique, soit chauffer avec la chaudière à mazout existant. Donc ce que le secteur demande, c'est qu'une chaudière à mazout puisse être conservée encore en tant qu'appoint pour des pompes à chaleur".
Un réseau problèmatique, frein à la transition
Les pompes à chaleur sont des alternatives aux énergies fossiles. Pour tourner, elles ont besoin d'électricité. Problème le réseau électrique wallon est insuffisant pour pouvoir généraliser à ce jour cette technologie. Andrea Galetta, chauffagiste à Jambes:
"On doit installer des pompes à chaleur. Mais vu les problèmes de réseau, le client va se demander si c'est rentable d'en installer une si le réseau décroche. Il risque de réfléchir car une pompe à chaleur a un certain coût voire un coût certain (12 à 20 000 euros pour la fourniture et l'installation d'une pompe à chaleur air-eau). Est-ce que les clients pourront amortir cette installation-là?"
Et au secteur de plaider pour une diminution du prix de l'électricité qui est encore 2 à 3 fois plus élevé que le gaz, ce qui n'incite guère les citoyens à se tourner vers des solutions décarbonées. Épinglons également, parmi toutes les doléances, les efforts pour attirer de la main-d'œuvre. Une main-d'œuvre qui manque cruellement dans le secteur et pourtant tellement nécessaire pour réussir la transition énergétique.
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