Malgré leur dynamisme économique, les zonings de la province de Namur se heurtent aujourd’hui à un obstacle majeur : le manque d’électricité. Plusieurs projets d’entreprises ont déjà été refusés, poussant le BEP à alerter les autorités.
Dans nos régions, les zonings accueillent souvent les entreprises qui ont besoin de grands espaces pour se développer. La gestion et l’expansion de ces parcs d’activités sont assurées par le Bureau économique de la Province de Namur (BEP).
Une quinzaine de dossier refusée
Si ces zonings affichent une bonne santé économique, un problème majeur menace désormais leur développement : le manque d’électricité. Certaines entreprises déjà installées peinent à répondre à leurs besoins énergétiques, tandis que d’autres ne peuvent tout simplement pas s’implanter. Une quinzaine de demandes d’installation ont ainsi été refusées.
En cause, selon le BEP, un manque d’anticipation des besoins en électricité de la part des gestionnaires de réseau ORES et Elia. Pourtant, les parcs d’activités namurois continuent d’attirer les investissements : en 2025, plus de 28 millions d’euros y ont été injectés, permettant la création de 222 emplois. Mais l’offre énergétique ne suit plus la demande des entreprises. Gaëtan de Bilderling (UD), président du BEP - Expansion économique :
"Ce qui s'est passé, c'est qu'il y avait le fameux décret de premier arrivé, premier servi. Vous avez une entreprise qui se dit, je vais peut-être m'étendre dans cinq ans, dans dix ans, donc je vais vous réserver de l'électricité. Cette réserve était gardée. Maintenant, on se rend compte qu'avec tous ceux qui ont réservé et tous ceux qui prennent de l'électricité, nous n'arrivons pas à assumer et à continuer à pouvoir proposer des terrains parce qu'il n'y a pas assez d'électricité correcte pour les fournir."
La situation s’explique aussi par l’essor récent de nouvelles technologies très énergivores. Ces trois dernières années, l’explosion de l’intelligence artificielle a entraîné la multiplication des data centers, de grands consommateurs d’électricité. Un phénomène qui n’avait pas été suffisamment anticipé par les gestionnaires du réseau.
Pas de changement avant 2030
Des investissements de plusieurs milliards d’euros sont bien prévus pour renforcer les infrastructures, mais ils ne devraient pas produire leurs effets avant 2030. Or, les entreprises ont besoin d’électricité dès aujourd’hui, rajouté Bruno Degueldre, le directeur général du BEP:
"Nous avons mis sur pied en discussion avec le ministère en charge une Task force. Une de ses premières mesures a été de prendre un décret sur la flexibilité. Autrement dit, de pouvoir autoriser des entreprises à consommer de l'électricité, mais à des moments importants de la journée, en fonction de leur activité. A l'heure d'aujourd'hui, une entreprise se réserve de l'électricité 24 h sur 24 et on sait bien qu'on n'en a pas besoin 24 h sur 24."
Un autre défi concerne la saturation des parcs d’activités existants. Une directive européenne impose en effet de limiter l’artificialisation des sols en privilégiant la réhabilitation d’anciens sites industriels. Le décret wallon s’inscrit dans cette logique. Toutefois, dans une région majoritairement rurale comme le Namurois, ces friches industrielles restent rares :
"On a fait une analyse au niveau du BEP et très clairement, c'est des micro sites souvent situés à des endroits qui ne sont plus stratégiques pour les entreprises de maintenant. Et donc si cette logique là perdure, le Namurois sera perdant. L'idée est de se dire dit justement que tout cela doit s'envisager à l'échelle wallonne, mais qu'il faut permettre à des territoires comme le Namurois, le Luxembourg de pouvoir étendre des zonings sur des terres qui sont non-urbanisables."
La gestion du territoire, tout comme celle de notre consommation d’électricité, est devenue un enjeu de société majeur. Et les difficultés rencontrées dans les zonings namurois dépassent largement les frontières de la province : elles concernent l’ensemble de la Wallonie, tant pour les entreprises que pour les particuliers.
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