Face à la pénurie de médecins généralistes en milieu rural, l'UNamur mise sur l'immersion. Pendant trois semaines, 26 étudiants en médecine ont découvert le quotidien des médecins ruraux dans des pôles d'accueil. La commune d'Ohey participe à ce projet.
En Wallonie, la pénurie de médecins généralistes touche particulièrement les campagnes : difficultés à recruter, départs à la retraite, ou encore charge de travail importante. À Ohey, comme dans de nombreuses communes rurales, on peine à garantir un accès suffisant aux soins. Pourtant, souvent, dans ces communes, le généraliste est bien plus qu’un simple soignant. Il est fréquemment le premier interlocuteur face à la maladie, à l’urgence et à l’isolement.
« Le médecin généraliste, en fait, ça fait partie de la famille. Parce qu’en fait, il vous suit de très nombreuses années, très souvent et très longtemps. Et donc, il vous connaît. Connaissant vos paramètres, votre façon de passer, de comprendre la maladie, c’est beaucoup plus facile pour un médecin de famille de partager les soucis qu’on a, que ce soit de santé ou quelquefois plus. Et donc voilà, je pense qu’un médecin généraliste est primordial aujourd’hui. »
Christophe Gilon, le Bourgmestre d'Ohey nous fait part de son constat :
« Il nous manque clairement 5 médecins sur le territoire d'Ohey pour répondre aux besoins. Npis restons dans une situation tendue. On se rend compte que de plus en plus de gens n'ont pas de médecin traitant. Beaucoup d’habitants nous ont interpellés en disant : "Mais on souhaite désigner un médecin généraliste et on n’en trouve pas". »
Et le défi ne cesse de grandir. Car lorsqu'un médecin part à la retraite, il faut désormais souvent deux successeurs pour assurer la continuité des soins, comme nous le confie le Dr Aurélie Dehon, médecin généraliste à Ohey :
« C'est lié notamment au fait que plusieurs médecins plus âgés ont pris leur pension et, que c’était des médecins qui travaillaient quand même énormément. Et quand je dis énormément, c’est vraiment comme à l’époque, c’est-à-dire qu’on se lève très tôt, on va dormir très tard, on est à disposition non-stop. Ce qui n’est plus le cas actuellement. Maintenant, avec la nouvelle génération de médecins, on essaie de concilier un équilibre entre vie de famille et vie professionnelle. Mais alors, il faut savoir que ces médecins plus âgés, il faut effectivement pour en remplacer un, il en faut parfois deux de la nouvelle génération. Donc effectivement, on est dans un manque, et ça se ressent. »
Pour tenter d’inverser la tendance, la commune d’Ohey participe à un tout nouveau projet piloté par l’Université de Namur : accueillir des étudiants en médecine de troisième année de baccalauréat durant leur stage, afin de leur faire découvrir la pratique rurale. Une expérience que Margaux Genard-Belle et Amélie Van Melckebeke ne regrette pas :
« C’est notre premier stage tout court, hein ! C’était vraiment la première fois qu’on était au contact de patients dans le cadre de nos études. Et franchement, c’est une super première expérience, c’est vraiment super chouette. On est hyper bien accueillies en plus, on se sent hyper fort en confiance pour poser nos questions, pour interagir avec les patients.
C’est l’université qui a décidé d’essayer d’attirer les jeunes vers la région en pénurie. Et donc, on a eu une présentation en novembre sur les différents pôles d’accueil qui pouvaient potentiellement nous accueillir en tant que stagiaires. C’est vrai que, avec Margaux, on aimait bien tout ce qui est un peu plus atypique et qui sort des sentiers battus, donc on n'a pas hésité. En fait, on s’est directement inscrites. C’était notre premier choix, donc on a eu de la chance d’atterrir ici. »
Aurélie Strickaert de l'UNamur nous détaille le principe du projet :
Le pôle d'accueil qui est offert aux étudiants de bac 3, est une nouveauté. C'est la première année que l'on a mis cela en place. On a le pôle d'Ohey mais il y en a en tout 9 qui sont répartis dans toute la Wallonie, et qui accueillent 26 étudiants cette année. Le pôle d'accueil est une structure qui permet de placer des étudiants en stage en milieu rural. De pouvoir leur offrir un logement, une solution de transport pour qu'ils puissent être proches du cabinet médical dans lequel ils font leur stage.
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Les étudiantes d'Ohey nous explique comment elles ont été accueillies :
C’est vrai que la commune nous a mis à disposition un logement, enfin un petit appartement pour nous deux. On y est vraiment très, très bien. Et puis aussi, ils ont mis à disposition beaucoup de choses : on peut y faire du sport au centre sportif, ils nous ont mis à disposition des vélos électriques aussi pour qu’on puisse un peu découvrir la région. »
Ce partenariat entre certaines communes rurales et l’UNamur prend tout son sens quand on sait que seulement 22 % des jeunes médecins diplômés s’installent à la campagne. Aurélie Strickaert ( UNamur) :
« Les chiffres montrent qu’il y a une mauvaise répartition des médecins en zone rurale. Et donc, au plus tôt on place les étudiants dans ces contextes de ruralité, au plus grande la chance est qu’ils puissent s’installer par la suite. »
Si la médecine rurale peine à recruter, elle n’en reste pas moins une pratique passionnante. Aller à la rencontre des patients, sillonner les villages, intervenir directement à domicile... c’est précisément ce qui plaît au Dr Dehon :
« J’ai voulu venir ici. C’est ma région presque natale, donc c’est vrai que je connais bien la mentalité. J’adore, j’adore ça. Pour moi, c’est une bouffée d’oxygène de pouvoir circuler dans les champs, dans les campagnes. Il n’y a pas de bouchons chez nous ! (Rires) Donc effectivement, ça roule bien. Et c’est vrai que j'apprécie la mentalité.
Les deux étudiantes ne regrettent pas leur choix :
Il n’y a pas de raison qu’en tout cas on soit réticents à ça. Après, il y a toujours plusieurs facteurs : est-ce que la médecine générale plaît ou pas ? Voilà... Mais pourquoi pas, au final ? Je ne pense pas... cette expérience ne va en tout cas pas nous dégoûter de la médecine rurale, bien au contraire ! Donc franchement, voilà. »
D’autres initiatives sont également menées, comme la construction de cabinets médicaux dans le bâtiment multifonctions Céline Pierre. Une autre façon d’augmenter l’attractivité de la commune, comme nous le précise Christophe Gilon :
« Donc les travaux sont en phase de finalisation, on attend l’équipement des cabinets. Dans le courant du mois de septembre, ou en tout cas en octobre au plus tard, nous pourrons mettre à disposition trois cabinets médicaux équipés. Et nous espérons bien entendu, dans la mesure du possible, accueillir en priorité des médecins généralistes. Même si, au départ, ce n’est pas le cas, ils seront ouverts à d’autres professionnels de la santé, pas uniquement des généralistes. »
Pôle d’accueil, cabinets médicaux, logement de fonction : ici, tout est mis en œuvre pour séduire les futurs médecins. Une stratégie volontariste face à la pénurie. C’est maintenant que se dessine l’avenir médical de ces territoires ruraux, pour ne pas devenir des déserts médicaux.
Rédigé avec l'aide de l'IA
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