Des avions légers, des milliers de photos et une intelligence capable de détecter une anomalie en quelques minutes. Basée à l’aérodrome de Namur, la société wallonne Sourse développe une nouvelle manière de surveiller les infrastructures critiques.
Visite du Ministre-Président wallon, ce mercredi matin, à l’aérodrome de Namur. Adrien Dolimont (MR) est venu découvrir Sourse, une entreprise namuroise spécialisée dans la surveillance aérienne et l’analyse d’images grâce, notamment, à l’intelligence artificielle.
Pipelines, réseaux routiers, voies ferrées, infrastructures énergétiques ou hydrauliques : la technologie développée à Temploux doit permettre de repérer rapidement un changement ou une anomalie sur des infrastructures parfois longues de plusieurs centaines ou milliers de kilomètres.
Un avion, des milliers de photos et une alerte en quelques minutes
Le principe paraît simple : survoler une infrastructure et la photographier. Derrière cette apparente simplicité se cache pourtant un important travail technologique.
Aujourd’hui, la plupart des analyses de pipelines, et dans beaucoup d’infrastructures, sont encore très manuelles, basées sur l’œil humain, mais c’est peu standardisé. On ne sait pas revenir en arrière, on ne sait pas repérer les changements. Et là, on est vraiment venu bousculer quelque chose », explique Julien Losseau, CEO de Sourse.
Les avions utilisés par l’entreprise évoluent à environ 160 km/h et capturent des images à intervalles très rapprochés. Les données sont ensuite transmises, géolocalisées et assemblées pour créer une représentation continue de la zone observée.
Imaginez un avion qui vole à 160 km/h, qui prend des photos toutes les quatre secondes, des photos qui font 50 gigas, c’est très lourd. Ces photos sont envoyées en temps réel. Elles sont repositionnées sur une carte. Ensuite, on va faire de ces milliers de photos une grande photo où on ne voit pratiquement plus la différence entre l’une et l’autre. Ensuite, on y applique la détection. Et tout ça, on va le faire en moins de quatre minutes », poursuit Julien Losseau.
La plateforme développée par Sourse, baptisée Horizon, combine ainsi des images aériennes haute résolution et des outils de détection automatisée pour générer des alertes géolocalisées en quasi-temps réel. L’entreprise revendique un délai inférieur à quatre minutes entre l'observation aérienne et la mise à disposition de l'information.
L’intelligence artificielle pour détecter ce que l’œil humain pourrait manquer
Une pelle mécanique apparue à proximité d’un pipeline, des traces de roues, de la terre fraîchement retournée, le début d’un chantier ou un changement dans l’environnement immédiat d’une infrastructure : autant d’éléments que le système peut contribuer à identifier.
L’intelligence artificielle occupe donc progressivement une place centrale dans le processus, sans nécessairement supprimer toute intervention humaine. Sourse présente d’ailleurs sa technologie comme une combinaison entre analyse automatisée et validation humaine.
À l’échelle européenne, la société affirme aujourd’hui surveiller plus de 8.000 kilomètres d’infrastructures dans cinq pays.
Près de 30 emplois et plusieurs millions investis
Sourse a considérablement grandi ces dernières années. Mais pour Julien Losseau, ce développement n’aurait pas été possible sans les mécanismes publics de soutien à la recherche et à l’innovation.
Un projet comme le nôtre, c’est autour de quatre millions d’investissements, subventionnés en moyenne autour de 70 % par la Wallonie. Si je n’avais pas eu la Wallonie, j’aurais dû trouver trois millions. Cela aurait-il été possible ? Je n’en sais rien.
Deux ans avant le début de la commercialisation, l’entreprise comptait une quinzaine de travailleurs. Ils sont aujourd’hui près de 30.
On voit qu’on a créé de l’emploi. Mais Sourse, c’est aussi du revenu, aujourd’hui. On a des clients récurrents qui nous payent tous les mois pour le service qu’on leur donne et la technologie qu’on leur offre, insiste le CEO.
La croissance de la société ne repose d'ailleurs pas uniquement sur les subsides à la recherche. Sourse avait annoncé début 2025 une levée de fonds de 3,65 millions d’euros, avec notamment Ethias Ventures et Namur Invest. En 2026, l'entreprise a sécurisé deux millions d’euros supplémentaires auprès de partenaires financiers. En mai dernier, une question parlementaire wallonne faisait déjà état d’une trentaine de collaborateurs et de l’ambition de la société d’atteindre la rentabilité dans les deux ans.
Adrien Dolimont : « La recherche nourrit notre compétitivité »
C’est précisément l’un des messages qu’Adrien Dolimont souhaitait mettre en avant lors de cette visite : les dispositifs wallons d’aide à la recherche ne concernent pas uniquement les grands groupes industriels. Ils doivent aussi permettre à de jeunes sociétés technologiques de transformer une idée en activité économique et, à terme, en emplois.
C’est bien de montrer que nous avons des histoires de nouvelles sociétés qui se créent, avec une idée technologique très intéressante, qu’on peut soutenir et aider à croître assez rapidement. Dans des sujets très technologiques, c’est essentiel. Nous en avons un très bon exemple ici, souligne le Ministre-Président wallon.
Selon Adrien Dolimont, la Wallonie consacre chaque année 215 millions d’euros à la recherche.
On doit continuer. Comme je le disais, c’est quelque chose qui nourrit notre compétitivité, notre développement économique et qui, in fine, crée des emplois chez nous. C’est un effet de levier important et on doit continuer à y investir.
Sourse travaille davantage à l’étranger qu’en Belgique
Pour Sourse, l’enjeu est désormais largement commercial. Et paradoxalement, c’est actuellement hors de Belgique que la technologie namuroise trouve le plus facilement ses clients.
En Belgique, c’est là qu’on opère le moins. On est très fiers de travailler pour l’aéroport de Liège, qui a été le premier à nous faire confiance. Mais c’est vrai qu’on a encore pas mal de discussions en cours avec différents acteurs, reconnaît Julien Losseau.
Un paradoxe qui s’explique notamment, selon lui, par la difficulté à faire évoluer des méthodes de surveillance déjà installées.
Je pense que notre proposition a été vue, au départ, comme concurrente par rapport à des choses déjà en place, peu importe la technologie ou la méthodologie. Aujourd’hui, de plus en plus d’acteurs d’infrastructures, de gestionnaires de routes au ferroviaire, en passant par l’énergie ou par la gestion de l’eau, voient plutôt un allié dans ce qu’on peut leur proposer.
Les pipelines constituent aujourd’hui l’un des marchés les plus avancés pour Sourse. La technologie de l’entreprise est notamment utilisée en France pour la surveillance de réseaux de pipelines. L’entreprise cherche cependant à étendre son modèle à d’autres types d’infrastructures critiques.
Routes, rail, énergie, eau : de nouveaux marchés à convaincre
Plusieurs représentants de ces secteurs étaient justement réunis ce mercredi à Temploux pour une table ronde autour des possibilités offertes par la technologie namuroise.
Routes, chemins de fer, énergie ou encore gestion de l’eau : les applications potentielles sont nombreuses. Et pour Sourse, le prochain défi sera peut-être moins technologique que commercial : convaincre davantage de gestionnaires belges d’infrastructures d’adopter une solution qui semble avoir trouvé plus rapidement son marché au-delà des frontières.
Article réalisé avec l'appui de l'intelligence artificielle et validé par un.e journaliste.
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