Sous les pavés de cette place, l’histoire s’apprête à livrer ses secrets sans qu’un seul coup de pioche n’ait encore été donné et ce, grâce à des technologies de pointe.
La circulation est étonnamment calme aujourd'hui sur la place du Chapitre à Andenne. Et pour cause, puisque des expérimentations très spéciales y sont menées à mi chemin entre la géophysique et l'archéologie. En réalité, cette très belle place est le berceau historique de la ville. C'est un site qui n'a fait l'objet que de fouilles très limitées et qui recèle donc encore dans son sous-sol des secrets bien gardés.
C'est pour entrevoir quelque peu ce qui se cache sous les pavés que la ville a fait appel à une équipe scientifique de l'Université de Liège qui est venue mener durant deux jours des explorations géophysiques.
Tom Debouny, chercheur en géophysique appliquée nous explique la démarche :
La géophysique, globalement, c'est vraiment l'étude du sous sol de manière très peu invasive. Et ici, en archéologie géophysique, on est vraiment en plein dedans parce que on va être complètement non invasif pour ne pas attaquer les structures archéologiques. Ici, dans le cas présent, on n'a pas d'accessibilité directement au sol et donc ça nous permet d'étudier ce sous sol sans devoir creuser ou faire un quelconque trou.
Fouiller le sous sol, les archéologues en rêveraient, même si ce n'est pas au programme actuellement. Ce lieu est en effet celui où fut fondé un monastère mérovingien en 692 par Sainte-Begge.
Carole Hardy, archéologue à l'Espace Muséal d'Andenne, précise :
Sainte-Begge, ce n'est pas n'importe qui, c'est la trisaïeule de Charlemagne. Donc, elle fait partie d'une des familles les plus puissantes de l'Europe à cette époque. Et donc elle fonde un monastère à la fin du VIIᵉ siècle. Et ce monastère, après quelque temps, après quelques siècles, va se transformer en un chapitre, un chapitre noble de chanoinesses. Alors, au Moyen-Âge, on sait qu'au moins dès le Moyen-Âge, il y a sept églises sur la place et toutes ces églises vont être détruites dans la seconde moitié du XVIIIᵉ siècle pour faire place à la collégiale actuelle.
Les méthodes utilisées aujourd'hui sont l'induction électromagnétique et la tomographie de résistivité électrique qui vont cartographier les propriétés électriques du sol pour détecter les vestiges.
Tom Debouny :
Il y a des structures qui ressortent là un peu plus haut à une vingtaine de centimètres par rapport au pavage. Donc ça, c'est quand même assez proche. Après, on voit quand même la structure la plus intéressante qui est en fait la vieille église qui était l'église majeure ici à l'époque. Elle, elle se trouve devant le parvis actuel. On voit très très bien les traces qui se dessinent au radar et elle, elle se trouve un peu plus quand même, à nonante centimètres, voire un mètre de profondeur, avant de voir les premiers murs apparaître au niveau de l'image.
Ces recherches permettront donc de localiser clairement les vestiges en sous sol pour peut être un jour se décider à y mener des fouilles. Mais ce n'est pas encore pour tout de suite, comme nous le confie Carole Hardy.
Non, à l'heure actuelle, ce n'est pas encore prévu. Il n'y a pas de travaux d'aménagement qui sont envisagés pour l'instant. Donc on réalise ces prospections vraiment pour avoir une veille archéologique.
Les sept églises du monastère mérovingien resteront donc encore pour quelques temps de simples signaux électriques et magnétiques sur des écrans de contrôle.
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